Appel à communication : Cultures médiatiques de l'enfance et de la petite enfance

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L’enfance  n’a  pas  toujours  été  perçue  comme  une  phase  distincte  de  la  vie  sociale  et  culturelle  des  individus.  Sa  définition  actuelle  est  le  résultat  de  croisements  disciplinaires  (en  particulier  entre  la  psychologie,  l’anthropologie  et  la  sociologie)  et  n’est  évidemment  pas  sans  lien  avec  la  présence,  plus  ou  moins  importante  dans  la  société,  de  produits  spécifiquement  destinés  aux  enfants,  dont  les  médias  sont  les  vecteurs  à  plus  d’un  titre.  Le  développement  des  médias  de  masse  depuis  le  XIXe  et  surtout au XXe siècle, avec l’apparition, entre autres, d’une presse enfantine ou encore  de  programmes  télévisés  pour  enfants,  a  participé  à  la  reconnaissance  de  l’enfant  comme  «  sujet  à  part  entière»  doté  d’une  agency  et  à  celle  de  la  période  de  l’enfance  comme moment biographique particulier et essentiel. Plus encore, les médias font partie  des instances de socialisation, dès l’enfance, et la place qu’ils tiennent dans l’intégration  sociale  des  individus,  à  l’heure  où  les  pratiques  médiatiques  (ludiques,  culturelles,  éducatives)  évoluent,  mérite  d’être  réévaluée.  Les  médias  font  circuler  certaines  représentations culturelles et sociales de l’enfance et sont, par là-même, une médiation  entre les enfants et le monde. 

Les jouets,  figurines, livres, instruments de musique, décorations sont des indices de la  présence  d’un  enfant,  parfois  même  avant  sa  naissance,  et  des  signes  de  la  culture  médiatique au  sein  de laquelle il  va évoluer. De  nouveaux médias  occupent  désormais  une place privilégiée au sein de l’environnement  familial tels les tablettes ou les jouets  connectés, même si les inégalités socioéconomiques rappellent que ce phénomène n’est  pas  généralisé.  Ils  investissent  peu  à  peu  les  milieux  d’accueil  (crèches,  écoles,  ludothèques, médiathèques, etc.) où l’enfant est amené à expérimenter de plus en plus  tôt  des  objets  médiatiques  de  plus  en  plus  diversifiés.  Le  colloque  sera  précisément  l’occasion  de  se  pencher  sur  la  ou  les  culture(s)  médiatique(s)  qui  émerge(nt)  des interactions entre jeunes enfants (0-7 ans) et médias. Les médias participent à la façon  dont  les  enfants  construisent  leurs  représentations  du  monde.  Les  objets  qu’ils  regardent ou manipulent, les usages qu’ils en font, les significations qu’ils leur attribuent  et  les  relations  signifiantes  qu’ils  tissent  avec  le  monde  à  travers  eux,  participent  à  l’élaboration de leur culture médiatique.

Ce  colloque  s’articulera autour  de  trois  questionnements  complémentaires  permettant  de  dessiner  les  cultures  médiatiques  de  l’enfance  et  de  la  petite  enfance.  D’une  part,  quelles  formes  de  médiation  au  monde  les  médias  contemporains  proposent-ils  à  l’enfant,  et  quelle  place  occupent-ils  dans  sa  socialisation  et  son  développement  ?  D’autre part, quels rôles jouent-ils dans la construction sociale et culturelle de l’image de  l’enfant  dans  la  société  ?  Enfin,  comment  les  enfants  prennent-ils  place  ou  sont-ils  intégrés  dans  ces  constructions  de  soi  et  du  monde  éventuellement  via  certaines  pratiques  éducatives  (plus  ou  moins  formelles)  ?  Ces  trois  questions,  qui  ne  peuvent  véritablement  se  penser  distinctement  les  unes  des  autres,  sont  bien  entendu  une  invitation à des approches transversales. Les  communications déclineront  ces  interrogations  selon  trois  axes,  centrés  sur  l’observation  et  l’analyse  des  usages  et  pratiques  médiatiques  des  jeunes  enfants,  sur  l’exploration  critique  de  l’offre  et  de  la  conception  des  contenus  et  dispositifs  médiatiques  qui  leur  sont  proposés,  et  enfin,  sur  l’examen  des  dimensions  éducatives  (formalisées  ou  non)  qui  permettent  de  les  accompagner  ou  de  les  orienter  dans  la  construction de leur culture médiatique.

Cette  manifestation  scientifique  pluridisciplinaire  s’adresse  donc  aux  chercheurs  qui  étudient  les  cultures  médiatiques  de  l’enfance  et/ou  de  la  petite  enfance,  selon  différentes  approches et dans des cadres disciplinaires variés : sciences de l’information  et de la communication, psychologie, sociologie, anthropologie, sciences de l’éducation,  sciences du langage, informatique, etc. Les communications attendues peuvent porter à  la fois sur des expérimentations, sur des réflexions théoriques comme sur l’observation  qualitative et/ou quantitative des pratiques. Elles devront s’inscrire dans au moins une  des problématiques proposées, tout en les considérant dans leur interdépendance. 

Axe 1 : Usages et pratiques des médias pendant l’enfance

De  nos  jours,  l’enfant  évolue  au  sein  d’un  environnement  familial  médiatique.  De  récentes enquêtes témoignent de la multiplication des écrans dans les foyers.  Ainsi, dès  leur  plus jeune âge, les enfants  usent et manipulent  des  objets médiatiques  divers  qui  leur  permettent  de  découvrir  un  autre  monde  physique  (sensoriel),  social,  psychologique et symbolique que celui qu’ils rencontrent dans le ici et maintenant. Ces  pratiques  et  usages  restent  à  ce  jour  bien  moins  documentés  par  la  littérature  scientifique  que  ceux  des  adolescents,  sans  doute  en  partie  à  cause  de  la  difficulté  d’enquête – supposée – auprès d’un public plus jeune.  Les  communications  rattachées  à  cet  axe  aborderont  les  questions  relatives  aux  pratiques  médiatiques  des  plus  jeunes  au  sein  des  multiples  environnements  dans  lesquels ils sont amenés à évoluer, en s’inspirant, par exemple des questions suivantes :

  • Quelles  pratiques  et  quels  usages  les  jeunes  enfants  construisent-ils,  et  à  quels  stades de développement ? 
  • Au  regard  des  évolutions  de  l’offre  médiatique,  quels  statuts  ces  usages  confèrent-ils aux enfants au  sein  de la  famille mais aussi  dans  d’autres espaces  d’accueil de l’enfance ? 
  • Quels  mécanismes  psycho-sociaux  sont  à  l’œuvre  derrière  ces  usages  ?  (construction  de  l’identité,  de  la  personnalité,  développement  de  la  cognition,  etc.)
  • Quelles  compétences  (sociales,  techniques,  cognitives,  informationnelles)  sont  développées à partir de ces usages ?
  • Quelles différences peut-on observer selon les contextes sociaux, l’âge ou encore  le genre des enfants ?
  • Quels regards les enfants portent-ils sur ces objets (écrans, dispositifs connectés,  livres,  etc.)  et  sur  les  expériences  (ludiques,  culturelles,  éducatives)  qu’ils  sont  amenés à vivre à leur contact ?

Axe 2 : Panorama de l’offre médiatique enfantine

Les enfants constituent aujourd’hui une audience et une cible particulières aux yeux des  industries  médiatiques.  Ils  définissent  un(des)  public(s)  que  les  producteurs  de  contenus  (éditeurs,  auteurs,  développeurs,  annonceurs  publicitaires,  producteurs,  diffuseurs) tentent d’atteindre, à partir d’une connaissance variable et parfois supposée  de  leurs  goûts  et  de  leurs  attentes,  et  avec  des  objectifs  divers.  Or,  l’offre  médiatique  destinée aux enfants ne cesse de se développer et de se diversifier depuis, d’une part, la  segmentation  et  la  spécialisation  des  productions  médiatiques  (presse  pour  enfants,  chaînes de télévision dédiées) et, d’autre part, l’avènement des technologies numériques  et leur démocratisation. Les  communications  de  cet  axe  aborderont  ainsi  l’analyse  et  l’évolution  de  l’offre  médiatique  (quels  programmes,  contenus  et  formats  ;  quels  dispositifs)  destinées  aux  jeunes enfants à partir, entre autres, des questions suivantes :

  • Quels univers multi-médiatiques (héros, mondes, etc.) les médias proposent-ils à  leurs jeunes lecteurs/spectateurs/joueurs ?
  • Dans  quelles  conditions  et  avec  quelle  connaissance  des  publics  sont  fabriqués  les produits médiatiques pour enfants ?
  • Comment les industries médiatiques adaptent-elles leurs  discours à  ces  publics  spécifiques (usage de stéréotypes, présence ou absence de certaines thématiques,  etc.) ?
  • Quelles  représentations  du  monde  et  de  la  société  les  médias  véhiculent-ils  auprès des plus jeunes ? Et en particulier quelle image de l’enfance et de la petite  enfance semblent-ils chercher à transmettre ?
  • Quelle  place  ces  produits  médiatiques  offrent-ils  aux  adultes  (justification  de  l’achat/du visionnage, possibilité de co-réception, etc.) ?
  • Les  médias  modifient-ils  la  façon  dont  les  adultes  conçoivent  l’enfance  et/ou  interagissent avec les enfants ?

Axe 3 : Les  apprentissages  médiatiques  (avec  leurs  caractères  plus  ou  moins  formels)

La  présence  et  l’utilisation  accrues  des  médias,  notamment  numériques,  dans  les  différents  contextes  de  vie  des  jeunes  enfants  (scolaire,  familial,  associatif  et  culturel)  renvoient  à  des  questions  éducatives.  Les  analyses  pourront  donc  porter  sur  les  modalités les plus  formelles des pratiques éducatives  (de « l’éducation aux médias » à  proprement  parler  à  l’introduction  de  pratiques  pédagogiques  innovantes  via  les  médias)  ou  du  moins  sur  celles  construites  ou  pensées  à  dessein  par  les  adultes  Appel à communication « Cultures médiatiques de l’enfance et de la petite enfance » 4 (enseignants,  parents,  éducateurs,  etc.).  Ces  pratiques  peuvent  s’observer  à  l’école,  où  les  médias,  avec  l’immense  gamme  des  ressources  informationnelles,  techniques  et  sociales aujourd’hui disponibles, sont utilisés comme leviers à l’acquisition de nouvelles  connaissances et compétences. Mais qu’en est-il également des industries culturelles qui  produisent des contenus et des ressources dits « éducatifs » ? Un  deuxième  questionnement  ouvre  la  porte  à  des  approches  éducatives  plus  informelles. Celles-ci, présentes dans la plupart des apprentissages, peuvent s’observer  entre  autres  du  côté  de  l’environnement  familial,  incubateur  des  représentations,  des  actions et des relations humaines les plus profondes de l’enfant, de plus en plus traversé  aujourd’hui par les systèmes médiatiques. Elles se lisent également au sein des milieux  associatifs,  culturels,  etc.,  qui  jouent  depuis  longtemps  un  rôle  important  dans  le  développement  des  enfants  et  en  particulier  dans  leur  appropriation  des  médias.  Les  enfants y trouvent parfois l’occasion de s’interéduquer en développant, dans un contexte  peut-être  plus  libre,  les  pratiques  médiatiques  créatives  qui  font  sens  pour  eux.  Les  médias  s’intègrent  ainsi  au  sein  des  processus  de  socialisation  de  l’enfant,  qui  se  déroulent tout au long de son développement, de ses expériences et de ses interactions  du quotidien. La rencontre avec les pairs ou le rôle joué par certains médiateurs dans tel  ou tel espace de loisirs seront alors analysés comme autant d’occasions de s’approprier  des médias toujours plus présents. Si les nécessités de l’analyse conduisent à distinguer  apprentissages  formels  et  informels,  les  espaces  institutionnels  (école,  ludothèque/médiathèque, accueil petite enfance, etc.) ou sociaux (famille, univers de la  production,  groupe  de  pairs,  etc.)  peuvent  évidemment  les  combiner,  ou  plus  exactement les superposer volontairement ou de'facto. La connaissance des médias ne  peut que gagner en pertinence à analyser ces croisements qui conduisent à envisager la  question éducative de façon plus large et donc plus complète. Dans  cette  optique,  les  communications  pourront  s’orienter  vers  divers  questionnements : 

  • Quelles  peuvent  être  les  modalités  d’apprentissage  formel/informel  de  l’éducation  aux  médias  et  de  l’éducation  par  les  médias  à  destination  de  très  jeunes enfants ? 
  • Dans  quelle  mesure  les  médias  peuvent-ils  être  des  supports  à  des  apprentissages et avec quel degré de formalisation ?
  • Quels  types  de  savoirs  et  de  compétences  formels/informels  peuvent  apporter  aux  jeunes  enfants  les  médias  en  général  et  en  particulier  ceux  estampillés  « éducatifs » ? 
  • Comment les médias s’inscrivent-ils dans les pratiques éducatives des familles et  avec quelles spécificités ?
  • Comment les espaces culturels ou de loisirs pensent-ils la place des médias dans  leur projet, en lien ou non avec une dimension éducative ?
  • A quelles  conditions  d’autres  acteurs  (producteurs  de  médias,  éducateurs)  peuvent-ils contribuer à éduquer aux médias les jeunes enfants ? Parviennent-ils  à y associer les  familles dans une co-construction de pratiques d’éducation plus informelles ? 

Pour  ce  colloque, les  approches  pluridisciplinaires  et internationales  seront  fortement  appréciées. Afin  d’alimenter et  de  diversifier la  réflexion  critique  sur  ces  thématiques,  une discussion sera engagée avec des acteurs du monde professionnel des médias et des  spécialistes de la petite enfance. 

MODALITÉS DE SOUMISSION DES PROPOSITIONS

Les propositions de communication doivent être soumises avant le 28 décembre 2015 sous  forme  de  résumé  en  français  ou  en  anglais  (5  000  signes  maximum,  espaces  compris,  Times  New  Roman,  police  12,  interligne  simple,  5  mots-clés,  un  titre)  à  l’adresse  jeunesetmedias.events@gmail.com.  Elles  seront  évaluées  en  double  aveugle  par le comité scientifique. Les propositions ainsi que les communications peuvent être  données en anglais ou en français. Dans&le&courriel, les informations suivantes devront figurer : nom, prénom, adresse e-mail, statut universitaire/professionnel, université et laboratoire de rattachement, titre  de  la  communication.  La  proposition  de  communication  en  elle-même  sera  proposée  dans un document-joint en format .doc qui portera votre nom (PrenomNom.doc). Dans  le document en revanche, il vous est demandé de respecter l’anonymat, y compris s’il est  fait référence à des publications antérieures du ou des auteurs. Une sélection de communications sera regroupée dans une publication scientifique dont  les modalités seront précisées ultérieurement.

CALENDRIER

Clôture des soumissions : 28 décembre 2015

Notification d’acceptation : 20 janvier 2016

Colloque : 7 et 8 avril 2016

Pour publication : Envoi des textes pour évaluation : 1er juin 2016

Notification de l’évaluation : 30 septembre 2016

Remise des textes définitifs : 10 novembre 2016

Publication prévue : printemps 2017

COMITÉ SCIENTIFIQUE

Ana Nunes de Almeida (Université de Lisbonne, Institut des Sciences Sociales) Benoit Berthou (Université Paris 13, Labsic) Aurélie Brouwers (Université Catholique de Louvain, GREMS) Stéphane Chaudron (European Commission, Joint Research Centre) Ana Dias Chiaruttini (Université Lille 3, CIREL) Thierry De Smedt (Université Catholique de Louvain, GREMS) Pierre Fastrez (Université Catholique de Louvain, GREMS) Matthieu Letourneux (Université Paris Ouest, CSLF) Eerik Mantere (University of Tampere) Nicolas Pelissier (Université de Nice, I3M) Nathalie Roucous (Université Paris 13, Experice) Régine Sirota (Université Paris 5, CERLIS) Serge Tisseron (Université Paris 7, CRPMS)

COMITÉ D’ORGANISATION

Isabelle Feroc Dumez (Université de Poitiers, ESPE, Laboratoire TECHNE) Sébastien François (Labex ICCA, Universités Paris 13 & Paris Descartes) Marlène Loicq (Présidente du Centre d’études sur les jeunes et les médias) Isabelle Rigoni (INS HEA, Grhapes / Centre Émile Durkheim / MICA) Aude Seurrat (Université Paris 13, Labsic)

CONTACT Marlène Loicq, marleneloicq[at]gmail.com

Infos sur www.jeunesetmedias.fr

Appel à communication en format PDF 

Appel à communication en anglais